2097. La cité bastion d'Ankhor-Etion est le dernier refuge de l'humanité. Sous son dôme protecteur, les rescapés de l'Ultime Conflit construisent virtuellement un monde dont ils ne soupçonnent pas la teneur. Là, dans des milliers de laboratoires informatiques, la vie sous tous ses aspects est explorée. Les découvertes sont prometteuses et immédiatement exploitées. Des scientifiques de la trempe de Miguel Virgo sont parvenus à pénétrer les consciences et à fabriquer des hybrides. Son but : reprogrammer l'humain afin d'arriver à masquer la somme des imperfections qui l'accablent.
Mais la civilisation de la Science et du Progrès subit une grave crise de croissance. Les dégénérés dont elle se sert trouvent la force de fédérer leur misère autour d'un chef charismatique : Népenthès.
Le prix de l'autarcie et de l'excellence est exorbitant.
Exclusivement lié à l'obscurantisme aveugle d'une science omniprésente,
une telle société génère un nouvel esclavage; elle mène à l'inquisition et à la terreur.
Un roman d'anticipation visionnaire.
Je me souviens d’avoir été résident de cette bonne vieille cité d’Ankhor-Étion. Ankhor, la bien nommée, unique ville champignon de l’Est à avoir résisté à la guerre totale qui a ravagé la terre. Il n’y a plus guère ici qu’une forêt de buildings et quelques parcs, d’aucuns diraient des carrés d’herbe, mais qui font à juste titre la fierté des résidents car ils se présentent comme des bulles de végétations dans le panorama sans perspective de la ville. Si je devais les décrire, je dirais que ce sont des zones de verdure domestiquée, à thèmes et à géométrie variable, que les ouvriers paysagistes de la Communauté de Districts réaménagent régulièrement selon l’esprit du moment, et à l’intérieur desquelles circule l’air reconstitué des saisons, avec leurs fragrances, leurs caractéristiques changeantes... Ces parcs, il faut bien le dire, qui sont comme une ponctuation sur la page sombre de la géographie labyrinthique de la City, demeurent le seul lien qui nous rattache à la nature, cette nature que nous combattons de toutes nos forces sous peine de succomber… Il me semble les avoir toujours connus… Je les revois, minuscules îlots de végétation, perdus entre des avenues sombres et désertes, pourtant remplies de cette omniprésente poussière que les véhicules à électricité statique génèrent et soulèvent... Ankhor-Étion dont plus personne n’arpente les rues, Ankhor la sombre, qu’aucune lumière naturelle n’illumine... Ankhor, qui n’est qu’un assemblage d’immeubles superposés. Immeubles qui sont trop élevés pour seulement laisser passer les rayons mortels du soleil...
Les images se bousculent dans ma tête, j’ai du mal à leur donner un sens. Oui, ça y est, je me souviens... Tout en haut, aux derniers étages de ces montagnes de verre fumé, il y a les dirigeants, l’autre monde, avec leurs voies de communication et leurs réseaux ; il faut franchir d’innombrables barrières sociales pour y accéder. On les dit les derniers détenteurs du fruit de la connaissance qu’ils cueillent à l’arbre de Vie... Je ne sais pas de quoi il retourne exactement, n’ayant pas l’« Habilitation » nécessaire car je n'ai en ma possession qu’une modeste licence de vie accolée à ma carte de citoyen résident temporaire, carte qu’il faut renouveler tous les ans et que les autorités délivrent avec parcimonie.
En dessous, il y a le rebut que l’on charge des basses œuvres, les résidents des basses castes : ce sont les seuls qui accomplissent une tâche matérielle, et les usines sont leur bagne.
Mais j’en parle comme s’il s’agissait d’une civilisation ancienne. Il me semble que c’est déjà si loin ! Il faut pourtant dissiper les brumes de mon esprit pour distinguer ce qui fut réellement.
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